Henry Chalfant, Stop The Bomb, 1979, Copyright Eric Firestone & the artist

Photographies sonores

Henry Chalfant par Emanuele Coccia

HENRY CHALFANT
Galerie: ERIC FIRESTONE
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Ce sont des mots mais ce qu’on voit ce sont, tout d’abord, des formes et des couleurs. Tout graffiti part du présupposé que le langage ne se fonde pas sur le sens, mais sur son apparence sensible. Toute parole est comme redéfinie par sa propre géométrie et par ses couleurs. Toute écriture, à l’inverse, devient une peinture qui s’efforce de transformer les formes et les figures en un alphabet lisible, déchiffrable. L’art graffiti ne se limite pas à changer le rapport entre peinture et langage : elle change, surtout la nature des murs dont la ville se compose. En documentant l’art graffiti américain pendant des décennies Henry Chalfant a témoigné l’effort de faire des murs des journaux à ciel ouvert où une population se raconte et se miroite. Lorsque les graffitis se posent sur un train -comme dans la série exposée- les murs ne sont plus des éléments statiques qui divise les espaces, les vies, les destins. Ils sont des paroles en mouvements, des formes qui essaient de se fondre avec le paysage qu’elles traversent. Ou à l’inverse, c’est comme si le paysage commençait à parler et utilisait le train pour faire voyage ses mots là où il ne peut pas arriver.
 
Emanuele Coccia